On va au café, on se retrouve au bar, on s’accoude au comptoir d’un bistrot et on parle volontiers du petit troquet du village. Dans la vie courante, tous ces mots peuvent désigner exactement le même établissement. Pourtant, ils n’ont pas tout à fait la même histoire ni la même nuance. Et puisque je les emploie régulièrement dans mes guides, autant essayer d’y voir un peu plus clair.
Bistrot ou bistro ?
Commençons par une question qui revient souvent : faut-il écrire « bistrot » ou « bistro » ? Les deux orthographes existent. En France, « bistrot », avec un t final, est aujourd’hui la forme la plus courante, mais écrire « bistro » n’est pas une faute.
Quant à l’origine du mot, elle reste incertaine. On raconte souvent qu’il viendrait du russe bystro, « vite », que des soldats russes auraient lancé dans les cafés parisiens en 1814 pour être servis rapidement. C’est une belle histoire, largement reprise, mais elle n’est pas considérée comme une explication étymologique certaine. Le mot « bistrot » n’apparaît d’ailleurs dans les textes que plusieurs décennies plus tard.
Le café, à la fois la boisson et le lieu
Le mot « café » est probablement le plus simple et le plus universel. Il désigne évidemment la boisson, mais aussi l’établissement où on la consomme. « Aller au café » signifie rarement que l’on va uniquement y boire un café. On peut y prendre un verre, retrouver quelqu’un, jouer aux cartes ou simplement passer un moment.
À la campagne, l’expression « café de village » conserve une signification particulière. Elle évoque généralement un établissement de proximité fréquenté par les habitants et souvent installé depuis longtemps. Dans certaines communes, on continue d’ailleurs à parler « du café » même lorsque son enseigne officielle dit tout autre chose.
Le bar insiste davantage sur le débit de boissons
Le terme « bar » est devenu extrêmement courant et figure sur quantité d’enseignes. Il désigne aussi bien le comptoir lui-même que l’établissement dans lequel on sert des boissons.
La différence avec le café ou le bistrot est donc assez floue dans l’usage quotidien. Un même lieu peut parfaitement être considéré comme un bar par certains clients et comme le café du village par d’autres. Tout dépend de ses habitudes, de son histoire et de la manière dont les habitants se le sont approprié.
Le troquet, un mot que j’aime bien
« Troquet » appartient davantage au langage familier. On parle volontiers d’un « petit troquet » et le mot possède généralement une connotation affectueuse. Il évoque un établissement sans prétention, populaire, où l’on vient autant pour l’ambiance et les habitués que pour ce qu’il y a dans le verre.
C’est probablement pour cela que je l’utilise souvent. Le mot correspond assez bien à beaucoup d’établissements que je recherche : des endroits simples, vivants, parfois restés à l’écart des modes et qui n’ont pas besoin de se donner des airs de bistrot pour en avoir l’esprit.
Et le bistrot de campagne dans tout ça ?
Il peut être un peu tout cela à la fois. Un café parce qu’on y vient le matin, un bar parce qu’on y sert des boissons, un troquet parce qu’il est simple et familier, et parfois un restaurant parce qu’on y déjeune.
Lorsque je parle de « bistrot de campagne », je ne cherche donc pas à désigner une catégorie administrative. J’emploie cette expression pour parler d’un lieu de vie rural dans lequel le comptoir garde une vraie importance et où les habitants continuent de se rencontrer.
Au fond, l’enseigne importe assez peu. Café, bar, bistrot, bistro ou troquet : ce sont les gens derrière et devant le comptoir qui donnent vraiment son nom au lieu.